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Le
terrain était donc libre pour l’essor du « texte ».
Le mot était à l’ordre du jour. Encore une ombre
portée. De même pour l’idéologie, ou plus exactement
l’inscription de l’idéologique dans le texte, aspect de
sa socialité. Or pour la sociocritique, dès ce moment,
il est impossible d’isoler dans le texte ce qui serait l’inscription
de l’idéologie, mais il s’agit plutôt de distinguer
dans le travail esthétique du texte sa production idéologique
du sens que ce travail induit. En fait tout dans le texte
se tient : on n’a jamais affaire qu’à un seul texte et
chaque texte a une façon spécifique d’inscrire en
lui de l’idéologique, et de le produire. L’idéologique
– la sociocritique préfère ce terme à celui
d’idéologie(s) – est un aspect de la socialité, une
de ses composantes, mais ne se confond pas avec elle. L’idéologique
ne se résume pas à la socialité pas plus qu’il
ne la résume. La socialité du texte peut et doit s’envisager
en elle-même « à travers tous les ensembles et
réseaux signifiants du roman » . Cela implique que
la sociocritique va s’interroger sur les problèmes laissés
de côté par le structuralisme, c’est-à-dire
les questions d’histoire, de sujet, de référence
et d’auteur. Et cette socialité, de densité différente
selon les genres, donnerait une réponse à la spécificité
du roman et la lecture « littéraire ». La sociocritique
se définissait comme novation par rapport à la sociologie
littéraire, elle entre désormais dans « l'épaisseur
du texte » avec une perspective sociale. La question de «
la socialité du texte » n’est pas réductible
à la seule entrée « socialité »,
au sens sociologique du terme, ni les rappels de la socialité
à l’idéologie, à l’imaginaire social du donné
des « représentations », qui déjà
peu définies au départ restent à éclaicir.
Elle est présente à tous les niveaux d’étude.
Pour la sociocritique, la socialité vise l’être social
du texte. Il s’agit moins d’un emprunt que d’un transfert, d’une
re-création, d’une recharge sémantique. La socialité
est inséparable de la littérarité. Elle concerne
donc non seulement le plan théorique mais aussi le plan méthodologique.
La sociocritique innove en apportant méthodologiquement des
propositions théoriques sur la façon dont le social
vient au texte. Si la sociocritique se propose de découvrir
« la socialité de l’œuvre, socialité du texte
», c’est que pour elle le social se déploie dans le
texte, y est inscrit. Car selon la définition de Duchet «
la socialité n’est pas un donné mais un produit,
l’effet d’une lecture active du social, de l’ensemble des paramètres
du social » . Ce qui donne toute son ampleur à la fondation
de la sociocritique dans laquelle Duchet voit « une rencontre
pour un projet commun de disciplines qui ont élaboré
chacune dans leur sens leur méthodologie propre : lexicologie,
stylistique, sémantique, sémiologie... et aussi sociologie,
histoire des idées ou des mentalités, psychanalyse,
anthropologie... » . C’est une mise en commun d’informations
et de méthodes. Elle opère à « l’intersection
d’autres approches ». Il ajoute que la sociocritique se doit
d’être militante, d’aller dans « le sens d’une sémiologie
critique de l’idéologie, d’un déchiffrage du non-dit,
des censures, des messages ». Il montre bien que la sociocritique
ouvre la voie à une « sociologie du texte »,
structurale dans ses fondements.
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