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Avec
l’article « La manœuvre du bélier. Texte, intertexte
et idéologie dans L’Espoir » sous le titre «
The objet-event of the rams’s charge : an ideologie reading of
an image » qui paraît dans une revue américaine
en 1980, Duchet amorce un tournant. Depuis ce moment-là,
sa théorie suppose le sociogramme actuel, plus peut-être
qu’elle ne le définit. Mais cet article ne paraît
en France – avec quelques modifications – qu’en 1986 dans la Revue
des sciences humaines. Il est significatif que les basculements
dans l’emploi des notions de la critique littéraire se soient
effectués sur le terrain de l’« intertexte »
et de l’« idéologie ». La date de cette publication
en version française et son sujet (Malraux, auteur du XXe
siècle) sont tributaires de la condition des sciences humaines
au milieu des années 1980. D’un côté, la confusion
des langages théoriques autour d’une certaine idée
de l’intertextualité, comme le signale à juste titre
M. Angenot, montre aussi « un bouillonnement des idées,
une dynamique polémique des recherches » et «
une tendance à l’entropie, à l’amalgame, au syncrétisme
sans principe, à l’anaxiologie » , et d’un autre
côté, on assiste aux effets d’une désidéologisation
relative. La volonté perceptible de donner de l’importance
au rapport entre le texte, l’idéologie et l’intertexte
est peut-être ici révélatrice de la possibilité
pour la critique d’aborder une étape nouvelle. En effet,
l’objet visé par la sociocritique est engagé dans
un processus de communication, il est en situation d’intertextualité
et d’interdiscursivité et participe aux « mouvances
des idéologies et à leur élaboration, il suppose
qu’on puisse établir des niveaux, des parcours et des positions
du sens ». Duchet précise que le social nommé
se reflète pas dans le texte, mais s’y reproduit, activement.
L’« idéologique est un produit du social, un de ses
modes d’existence, mais ne constitue pas tout le social »,
et il suffira de montrer « pourquoi toute explication par
l’idéologique seul, toute théorisation qui s’en
tiendrait à ce niveau, paraît insuffisante, et risque
à la limite d’être mystificatrice, idéologique
précisément » . En effet, l’idée d’une
intertextualité fictionnelle, introduite par M. Bakhtine
et J. Kristeva, revêt une importance particulière pour
la sociocritique. La notion d’intertextualité peut conceptualiser
le rapport entre le texte et son contexte.
Dans
cette perspective, l’intertextualité interne et externe
contribue à rendre compte de la spécificité,
de la singularité d’un texte. Cependant cette notion ne
permet pas de dévoiler la valeur textuelle au sens sociocritique.
Effectuer une lecture sociocritique, poursuit Duchet, cela «
revient, en quelque sorte, à ouvrir l’œuvre du dedans,
à reconnaître ou à produire un espace conflictuel
où le projet créateur se heurte à des résistances,
à l’épaisseur d’un déjà-là,
aux contraintes d’un déjà-fait, aux codes et aux
modèles socioculturels, aux exigences de la demande sociale,
aux dispositifs institutionnels ». Et dans la mesure où
Bakhtine suppose la prise en considération de la spécificité
esthétique en tant que circularité culturelle, les
propos de Duchet ouvrent à une « poétique de
la socialité » comme partie intégrante
d’une analyse interdiscursive et interculturelle en tant qu’activité
sociogrammatique. La notion de « co-texte » doit intervenir
ici et rendre opératoire pour la critique littéraire.
Distinguée
du « contexte », qui maintient la frontière entre
le texte et le réel, le « co-texte » se définit
comme la région située entre le jeu formel des relations
internes et l’extra-texte, tout en formant un réseau de
relations propres, il baigne dans le social et reste perméable
aux références venues du dehors, non pas seulement
au sens où il emprunterait des éléments de
la réalité, mais plutôt au sens où il
mobilise à ses frontières des références
(ce que l’auteur a vu ou a lu), des énoncés, des
formations idéologiques qu’il remodèle.
Enfin,
Duchet définira plus récemment le co-texte comme :
"le
lieu d’élaboration des figures sociogrammatiques (la ville,
la gloire, le hasard, la guerre, le poète...), et donc le
point de départ de l’activité qui irradie le “ texte
” lui-même. Par conséquent le co-texte appartient
à la fois au texte et à l’espace référenciel
(avec un c), c’est-à-dire à l’espace des références
(mais déjà sélectionnées, distribuées,
opératoires), qui est aussi bien celui de la lecture que
de l’écriture. Le co-texte est tout ce qui tient au texte,
fait corps avec lui, ce qui vient avec lui (quand on lui arrache
du sens)."
Bref,
si l’on appelle co-texte, d’une façon plus large, ce qui
se dessine autour du texte, comme un espace de connivence et de
lisibilité, on dira que le co-texte n’est quant à
lui, jamais déchiffré directement par le texte. Autrement
dit, il n’y a pas de rapport transparent entre le texte et le contexte.
Tout lecteur, comme tout narrateur, lit et produit à travers
un espace de médiations qui tend à fixer le sens,
à travers des grilles culturelles, ce que Duchet appelle
un « sociogramme ».
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